mardi 26 juin 2012

Le nouveau président égyptien a été élu

Lundi 25 juin, l'annonce officielle a été faite de l'élection de Mohamed Morsi, frère musulman, à la présidence de l'Egypte. Voici une présentation de son parcours, parue dans le journal Le Monde du 25 juin par Claire Talon, correspondant au Caire.

Egypte : Mohamed Morsi, frère modèle devenu président

LE MONDE | • Mis à jour le
Les partisans de Mohammed Morsi célèbrent la victoire du candidat des Frères musulmans à l'élection présidentielle égyptienne, le 24 juin, place Tahrir, au Caire.

Il incarne à lui seul l'aboutissement de quatre-vingt-quatre ans d'efforts collectifs, d'oppression et de sacrifices. Près d'un siècle de pensée politique et religieuse tendue vers la conquête du pouvoir et l'instauration d'un Etat islamique moderne par les Frères musulmans égyptiens, enfin arrivés au pouvoir par le truchement de Mohamed Morsi.

On aurait pourtant peine à trouver quoi que ce soit de flamboyant dans cet homme poupin qui, de conférences de presse en réunions politiques, manie avec insistance la langue de bois impénétrable et ambiguë à laquelle souscrivent la plupart de ses compagnons. Figure peu charismatique projetée par accident dans un costume de président, Mohamed Morsi n'est ni un animal politique ni un idéologue. Plutôt un cadre de parti discret sachant adopter un profil bas pour mieux servir ses idéaux.
Rien à voir avec son adversaire du second tour, Ahmed Chafik, ancien pilote de chasse, athlétique, nommé premier ministre par Hosni Moubarak avant son éviction, tout en élégance sport-chic. Cette candidature improbable a même donné un temps de faux espoirs aux partisans de l'ancien régime, convaincus que leur champion pourrait l'emporter sur le fil contre un homme qui n'avait l'air de rien.
ABNÉGATION DU MILITANT
Mais en accédant à la présidence de l'Egypte, dimanche 24 juin, le terne islamiste consacre le triomphe d'une stratégie payante : celle qui a conduit les Frères musulmans à renoncer à la violence et à attendre leur heure jusqu'à être portés au pouvoir par la volonté du peuple, récoltant ainsi les fruits de décennies de prosélytisme. Attendre, endurer, négocier, se soumettre, résister, ruser : autant de valeurs que Mohamed Morsi porte en lui avec l'abnégation du militant.
Nul ne s'y trompe : avant d'être le président du Parti de la justice et de la liberté fondé par les Frères musulmans qui étaient jusqu'alors privés de vitrine politique légale, au lendemain de la révolution, il est d'abord le rouage d'une machine restée dans les mains du guide suprême de la confrérie. Et le remplaçant accidentel d'un autre homme apparemment plus taillé que lui pour la fonction suprême. Khairat Chater, millionnaire et célèbre ancien prisonnier politique, était le grand favori de cette élection présidentielle avant de se faire éliminer de la course pour cause de casier judiciaire, sans doute à l'instigation des militaires. Il règne d'ailleurs toujours en maître sur l'organisation des Frères.
Pourtant, le docteur Mohamed Morsi, à 60 ans, est sans doute le plus diplômé des présidents égyptiens. Un parcours sans faute l'a conduit d'une famille de paysans analphabètes du Delta du Nil aux bancs de la faculté d'ingénierie de l'université du Caire, puis au rang de professeur à l'université de Californie dans les années 1980, et enfin au poste de directeur du département d'ingénierie de la faculté de Zagazig, dans le Delta, qu'il a occupé pendant vingt-cinq ans.
Une success story à l'égyptienne telle que l'histoire locale en raffole. Mohamed Morsi n'est pas le premier enfant de paysans des bords du Nil à se hisser jusqu'aux ors de la République mais, pour la première fois dans l'histoire de l'Egypte, ce n'est pas l'armée qui aura donné à un fils de fellahs (paysans) l'occasion d'accéder à la présidence.
C'est à une organisation secrète à la discipline tout aussi militaire, à laquelle il a consacré trente-trois ans de sa vie, que Mohamed Morsi doit son ascension. Entre 1979 et 1995, il a gravi tous les échelons hiérarchiques de la confrérie, passant du statut de simple membre aux rangs convoités du "bureau de la guidance", l'instance suprême de l'organisation. Dans les années 2000, il a été l'un des acteurs-clés des victoires parlementaires des Frères. Il a dirigé le groupe de députés à l'Assemblée du peuple, ce qui lui vaudra de subir la répression du régime, dont une condamnation à sept mois de prison.
OBÉISSANCE AVEUGLE AUX ORDRES
Cette ascension rapide, Mohamed Morsi la doit, selon ses détracteurs, à son obéissance aveugle aux ordres, qui en fait un parfait apparatchik. Pour Abderrahmane Ayash, jeune membre dissident qui a quitté l'organisation au lendemain de la révolution, "Morsi est capable de discuter pendant une heure la mise en page d'un document qu'on lui imprime sans dire un mot sur le contenu. C'est un bureaucrate avant toute chose, hyper autoritaire, glacial et obsédé par l'ordre. Tout ce qui compte pour lui, c'est le "tanzim", la hiérarchie".
De fait, l'homme n'a pas les faveurs de la jeune garde. Bien qu'il ait géré depuis 2004 le dossier des alliances politiques des Frères avec les coalitions libérales en faveur de réformes démocratiques, il tolère mal les critiques de l'organisation. En 2007, il a joué un rôle central dans l'élaboration du premier programme politique officiel des Frères musulmans, qui interdisait la présidence de la République aux coptes et aux femmes et prévoyait qu'un comité d'oulémas supervise l'élaboration des lois. "Morsi nous a convoqués, raconte Abderrahmane Ayash, qui avait alors pris la tête d'un groupe de jeunes opposés au projet. Nous avons cru que nous pourrions dialoguer avec lui, mais il nous a dit que personne n'avait le droit de discuter leurs décisions."
Entre 2007 et 2011, chargé d'assurer le contact entre les Frères et les services de sécurité du régime, Mohamed Morsi aurait noué des rapports de confiance avec certains hauts responsables de la sécurité d'Etat. Au point de conclure, en pleine révolution, un accord secret entre le bureau de la guidance et le général Omar Souleiman, chef des services secrets d'Hosni Moubarak : les Frères se retireraient officiellement de la place Tahrir du Caire, épicentre de la révolte, en échange de la libération de quelques hauts responsables emprisonnés et de la légalisation de la confrérie.
CANDIDAT DE LA RÉVOLUTION
Lorsque le Maglis Al-Choura, l'instance consultative des Frères, apprendra l'existence de cet accord, la nouvelle fera un tollé. "Nous avions promis sur le Coran de ne le dire à personne", se justifiera M. Morsi devant l'assemblée, avant que ne claquent les portes. Depuis, son face-à-face électoral avec Ahmed Chafik lui a pourtant permis de s'imposer comme le candidat de la révolution face aux tenants de la restauration de l'ancien régime.
Mais son discours, volontiers sectaire dans ses meetings de province qui sont truffés de références religieuses, demeure plus que nébuleux lorsqu'il s'exprime dans les médias. Son insistance à défendre l'utopie d'un islam qui suffirait en lui-même à garantir la diversité religieuse et l'Etat de droit rend souvent son propos confus.
"Un Etat islamique est par définition un Etat moderne. C'est un Etat civil. Le cadre islamique peut contrôler le gouvernement et le comportement de l'Etat." Pour les cas problématiques pour la confrérie, comme la liberté d'opinion et d'expression, Mohamed Morsi n'a qu'une phrase à la bouche : "Sur ces sujets, nous respecterons la volonté du peuple, les décisions de justice et la Constitution."
D'une association au parti de gouvernement
1928 L'association des Frères musulmans est fondée en Egypte par Hassan Al-Banna.
1949 Hassan Al-Banna est tué par le pouvoir égyptien, quelques mois après la dissolution de l'association et l'assassinat en représailles du premier ministre Mahmoud Fahmi Nokrachi.
1954 Deux ans après le renversement de la monarchie par les "officiers libres", la confrérie est à nouveau dissoute.
1966 Sayyed Qotb, penseur radical de la confrérie, est exécuté en prison.
1981 Le président Anouar Al-Sadate est assassiné par des islamistes radicaux.
2012 Les Frères musulmans triomphent aux élections législatives puis présidentielle.

Source : Le Monde

mercredi 20 juin 2012

Changement de direction au Secrétariat Général de l'Unasur

L'Union des Nations sud-américaines ou Unasur a changé de Secrétaire Général. La Colombienne María Emma Mejía est arrivée en fin de mandat ce mardi 12 juin. Elle a été remplacée à ce poste par le Vénezuélien Alí Rodríguez. Ce dernier est ancien Ministre des Affaires Etrangères de la République bolivarienne du Venezuela. Lors de l'investiture de María Emma Mejía il y a un peu plus d'un an, il était prévu qu'elle soit relayée par Alí Rodríguez à son poste un an après. Ceci est désormais chose faite.

Alí Rodríguez


María Emma Mejía



Un bref article du Centre d'études interaméricaines de l'Université de Laval faisant un bilan du mandat de María Emma Mejía.

"
La Secrétaire générale de l'Unasur, María Emma Mejía, termine son mandat
12 juin 2012
Le Secrétariat général de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) a souligné la semaine dernière l'avancée institutionnelle qu'a connue l'organisation sous la direction de la Colombienne María Emma Mejía. Dans un communiqué, l'organisation a rappelé que madame Mejía, qui a terminé son mandat à titre de Secrétaire générale de l'Unasur ce lundi,  « quitte une organisation plus forte, consolidée juridiquement et institutionnellement et dont le secrétariat général est opérationnel, dispose d'un siège, d'une équipe, d'un budget et d'un règlement général ». Avant l'entrée en fonction de madame Mejía, le secrétariat n'avait ni siège à Quito (Équateur), ni équipe de fonctionnaires, ni canaux de communication, ni budget ou règlement propre.
Selon le Secrétariat général, la fonctionnaire colombienne lègue une organisation qui « fonctionne avec agilité, qui prend des décisions, qui se positionne comme un acteur important sur la scène politique internationale et dont les huit conseils ministériels font preuve de dynamisme dans les domaines de la défense, de la santé, de l'énergie, des infrastructures, de l'économie, des finances, du problème mondial des drogues, du développement social, de l'éducation, de la culture, de la science, des technologies et de l'innovation ».
María Emma Mejía est Secrétaire générale de l'Unasur depuis mai 2011. Elle a succédé à l'ex-président argentin Néstor Kirchner, le premier Secrétaire général de l'organisation, décédé en octobre 2010. Elle a finalement cédé son poste au Vénézuélien Alí Rodríguez lundi lors d'une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l'Unasur à Bogotá, en Colombie.
En entrevue avec l'hebdomadaire colombien « Semana », lorsque madame Mejía a été questionnée quant aux défis que devra relever son successeur, elle a souligné le caractère stratégique des ressources naturelles de l'Unasur. À son avis, au sommet de l'Organisation des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20) qui se tiendra à la fin du mois au Brésil, l'Unasur jouera un rôle important. « Il faut penser à la gouvernance de ces ressources qui font de nous une puissance et qui constituent un atout pour l'avenir sud-américain », a-t-elle déclaré.
L'Unasur, créée en mai 2008, a une existence juridique depuis mars 2011. Elle intègre 12 pays membres soient l'Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l'Équateur, le Guyana, le Paraguay, le Pérou, le Suriname, l'Uruguay et le Venezuela.
SD

Sources:


La lettre d'information de l'IRIS de la semaine

La lettre d’information de l’IRIS
N°427 - 20 juin 2012
 
PARUTION : LA REVUE INTERNATIONALE ET STRATÉGIQUE N°86
LA CRISE ÉCONOMIQUE ET LES SUDS : NOUVELLES PERCEPTIONS
LA CRISE ÉCONOMIQUE ET LES SUDS :
NOUVELLES PERCEPTIONS
Dossier sous la direction de Philippe Hugon et Maxime Pinard
(N°86 - Eté 2012 - IRIS éditions - 20 €)
L'essentiel des analyses et des débats sur la crise financière concerne principalement les économies européennes et états-unienne. Or sa compréhension diffère selon les lunettes que l'on chausse, les éclairages et les lieux d'où l'on observe.
 
 
Communiqué
Prix Jean-Michel Gaillard 2012 / 20 juin
Chronologie
Les mutations du Moyen-Orient en 120 dates clés
Par Romain Aby, doctorant à l’Institut Français de Géopolitique / 15 juin

ico REGARD SUR LE MONDE
ecrit Collard et Maréchal-Le Pen : quelle marge de manœuvre pour le FN à l’Assemblée ?
Analyse de Magali Balent, chercheure associée à l’IRIS / Nouvel Obs.com / 20 juin
ecrit "Football helps ease national and religious antagonisms"
Interview de Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, par Oleksandr Pahiria et Roman Horbyk / The Ukrainian Week / 18 juin
ecrit Tunisie : Non, les émeutes que connaît le pays n’auront pas la peau de sa stabilité politique
Interview de Béligh Nabli, directeur de recherche à l’IRIS / Atlantico.fr / 15 juin
son Tunisie : la transition démocratique malmenée ?
Sophie Bessis, chercheure associée à l’IRIS, invité de Marc Voinchet / France Culture / 14 juin
ecrit Le football fait-il encore rêver ?
Interview croisé de Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, et de Thierry Roland par Jean-Christophe Buisson / Le Figaro Magazine / 11 juin

ecrit Le changement de prince héritier en Arabie Saoudite implique-t-il une grande transformation politique ? Que présage-t-il pour l’avenir ?
Réponse de Romain Aby, doctorant à l’Institut Français de Géopolitique / 20 juin
video "We haven’t received any kind of constructive signals from the regime"
Interview de Evguenia Timochenko, fille de l’ex-Première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko actuellement incarcérée / 19 juin
video "Il faut revenir de toute urgence à la logique de deux Etats"
Interview de Meïr Waintrater, membre du bureau JCall France / 18 juin
ecrit Que signifie la disposition prise par les autorités égyptiennes de dissoudre l’Assemblée constituante ? Peut-on parler d’un coup d’État larvé ?
Réponse de Didier Billion, directeur des publications de l’IRIS / 18 juin
ecrit Chine-Amérique latine : au cœur des déséquilibres du nouveau commerce Sud-Sud
Par Christophe Ventura, chargé de cours sur l’Amérique latine à IRIS Sup’ / 14 juin
 
Blog de Pascal Boniface
article blog
Entretien avec Evguenia Timochenko
article blog
Entretien avec Meïr Waintrater, membre du bureau JCall en France
article blog
"Le Serment de Tobrouk" : lettre ouverte aux journalistes qui cirent les pompes de BHL


LE COIN DES LIVRES



SUIVEZ L’IRIS SUR LE WEB
facebook
twitter
youtube
 
INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES - contact@iris-france.org
Rédactrice en chef : Gwenaëlle SAUZET / Directeur de la publication : Pascal BONIFACE

mardi 19 juin 2012

A propos du Sommet Rio + 20

Vingt ans après le Sommet de l'ONU dit "Sommet de la Terre" à Rio de Janeiro, un nouveau sommet bilan aura lieu du 20 au 22 juin 2012. Ce sommet bilan est couramment nommé Rio + 20. En réalité, il s'agit de la Conférence des Nations Unies pour le Développement durable.

Pour avoir plus d'informations sur Rio + 20, vous pouvez vous rendre sur le portail électronique dédié à l'événement : Rio+20

Voici un article publié sur le site internet de "France Amérique latine", rédigé le 12 juin à propos de Rio +20. Il s'agit du compte-rendu de la vision d'un écologiste danois, Bjørn Lomborg, très perplexe à l'égard de ce sommet des Nations Unies.

Sommet sans ambition pour planète en perdition

 

Selon l’« écologiste sceptique » Bjørn Lomborg, pour sauver la planète il faut d’abord éradiquer la pauvreté. Et, pour ce faire, on doit recourir aux énergies fossiles. Un véritable pied de nez aux instances onusiennes à la veille du sommet de Rio.
Le prochain sommet vert des Nations unies à Rio de Janeiro est très mal parti. Les planificateurs de cet événement gigantesque restent incapables de s’entendre sur le texte du document final, alors même qu’il a pour titre : « L’Avenir que nous voulons ». Ce n’est pas gagné. Depuis une quarantaine d’années, les préoccupations de l’ONU en matière d’écologie se sont rapprochées des impératifs des riches occidentaux, s’éloignant à mesure des attentes légitimes de la très grande majorité de nos contemporains.
Le réchauffement de la planète est une réalité. Brûler des carburants fossiles produit du C02, un gaz à effet de serre qui réchauffe la Terre. Les conséquences de ce phénomène peuvent être soit positives, soit négatives, suivant l’endroit où vous vivez. Il entraînera davantage de morts en raison de la chaleur excessive, mais une moindre mortalité à cause du froid. Au Canada, au Danemark et en Russie, un réchauffement modéré devrait apporter globalement une amélioration, tandis que, sous les tropiques, même une petite hausse des températures sera sans doute néfaste. D’une manière générale, vers la fin de ce siècle, ce phénomène aura des effets négatifs.
L’échec de la stratégie des bonnes intentions
La civilisation moderne, dans presque toutes ses composantes, est alimentée par les carburants fossiles. Tout le problème est là. Comment le monde pourrait-il se passer de ces énergies fossiles sans trouver une énergie de substitution bon marché ? N’oublions pas ce que le sommet de Rio, en 1992, a produit de plus important : la convention-cadre sur le changement climatique, laquelle a débouché sur le protocole de Kyoto (1997). Face au réchauffement planétaire, la stratégie de Rio était typiquement onusienne : négocions un traité pétri de bonnes intentions et voyons s’il suffira à résoudre un problème insoluble. Comme il fallait s’y attendre, il n’en a rien été.
Fondamentalement, le protocole de Kyoto a demandé aux pays en développement de réduire leurs émissions de C02 soit par une diminution de la consommation, soit par l’utilisation d’une énergie plus verte, plus onéreuse. Les modèles économiques montrent que, s’il avait été intégralement mis en œuvre, l’accord de Kyoto aurait coûté à la planète environ 180 milliards de dollars [143 milliards d’euros] par an en perte de croissance du PIB. Pourtant, on n’en attendait qu’une baisse minime de la température, de l’ordre de 0,004 degré d’ici à la fin du siècle. Comme on pouvait le prévoir, les différents pays soit ont rejeté le traité, soit ont accepté des changements mineurs. La diminution des émissions de C02 a été négligeable. Même l’Union européenne – partisan le plus enthousiaste du traité – s’est contentée de transférer une bonne partie de sa production industrielle (et les émissions de gaz à effet de serre qui en résultaient) vers des pays non couverts par le protocole de Kyoto, comme la Chine.
Toutefois, la stratégie de l’ONU est restée la même depuis lors. Elle n’a pas changé lors de la réunion catastrophique de Copenhague (2009), pas plus qu’au cours du vain rassemblement de Durban, en Afrique du Sud, l’année dernière. Et les mêmes grands principes vont être énoncés à Rio. On entend beaucoup de battage publicitaire autour des « solutions » antiréchauffement, comme l’énergie solaire et les biocarburants, mais ces technologies vertes ne sont pas encore la panacée. Tant que l’éolien et le solaire resteront plus chers que les énergies fossiles et qu’ils ne fonctionneront que par intermittence, ils ne contribueront pas pour une large part à notre approvisionnement énergétique.
L’eau et l’électricité, premières préoccupations du tiers-monde.
Pour enrayer le réchauffement planétaire, nous devons encourager l’innovation en matière de technologies vertes par un accroissement massif des investissements en recherche et développement (R&D). Nous n’arriverons à rien tant que nous ne produirons pas une énergie verte moins coûteuse que les carburants fossiles.
Mais ce qui est peut-être plus important encore, ce qui compte vraiment pour la plupart des gens, ce n’est ni le réchauffement planétaire ni les autres questions à l’ordre du jour de Rio+20. Il existe un décalage profond et inquiétant entre les puissants qui foulent les épais tapis des instances de l’ONU et les besoins de la majorité des habitants de la planète. Tandis que nous réfléchissons à des initiatives vertes, environ 900 millions d’êtres humains restent mal nourris, 1 milliard n’ont pas accès à l’eau potable, 2,6 milliards ne disposent pas d’un système sanitaire suffisant et 1,6 milliard vivent sans électricité. Voilà la réalité. Chaque année, enfin, environ 15 millions de décès – un quart de la mortalité annuelle totale – sont dus à des maladies que l’on pourrait soigner facilement, pour des sommes dérisoires.
Quels sont les trois plus importants problèmes environnementaux pour les pays en développement ? Quand on leur pose cette question, la plupart des habitants des pays riches répondent à côté. Le réchauffement planétaire ne fait pas partie de ces problèmes – même si l’on prend en compte les morts causés par les inondations, la sécheresse, les vagues de chaleur et les tempêtes. A l’heure actuelle, dans le monde en développement, seul 0,06 % de la totalité des décès est la conséquence de ces extrêmes climatiques.
Dans le monde développé, peu de gens savent que la pollution de l’air à l’intérieur des habitations est le problème d’environnement qui fait les plus grands ravages dans les pays en développement. Se chauffer ou s’éclairer d’une simple pression sur un interrupteur nous paraît aller de soi. Mais, dans le tiers-monde, 3 milliards d’êtres humains n’ont pas d’autre solution que d’utiliser des combustibles comme du carton ou des déjections animales pour faire la cuisine ou essayer de réchauffer leurs habitations. La mortalité annuelle due à l’inhalation de la fumée de ces feux atteint au moins 1,4 million de morts – ce chiffre est sans doute plus proche de 2 millions –, la plupart des victimes étant des femmes et des enfants. Quand on alimente le feu de sa cuisine avec des résidus de cultures et du bois, la qualité de l’air à l’intérieur des habitations peut être dix fois plus mauvaise que celle de l’air extérieur, y compris dans les villes les plus polluées du tiers-monde. Certes, quand les gens sortent de chez eux, ce n’est pas tellement mieux : on estime que la pollution atmosphérique tue 1 million de personnes par an dans les pays pauvres. Presque 7 % de tous les décès dans le monde en développement sont dus à la pollution de l’air. Ce chiffre est cent fois supérieur à celui des morts causées par les inondations, la sécheresse, les vagues de chaleur et les tempêtes.
Le deuxième problème est l’absence d’eau potable et de système sanitaire. Environ 7 % des morts dans les pays en voie de développement résultent de l’absence d’eau potable, de système sanitaire et d’hygiène. Ce qui représente environ 3 millions de morts par an. Paradoxalement, le troisième grand problème d’environnement est la pauvreté. En effet, pour les plus de 1 milliard d’individus qui subsistent avec moins de 1,25 dollar par jour, s’occuper de questions écologiques est un luxe inaccessible.
Il faut une vraie croissance verte
A cause de la pauvreté, des populations défavorisées entières ont moins à manger, ont moins accès à l’éducation et sont davantage exposées aux maladies infectieuses. Si elles étaient moins pauvres, elles pourraient satisfaire les besoins immédiats de leurs familles, comme la nourriture, l’eau potable et l’éducation. Et elles pourraient alors se permettre de prendre soin de leur environnement. Bref, aider les gens à sortir de la pauvreté est ce qu’on peut faire de mieux pour notre planète.
Nous devons reprendre possession de ce rendez-vous pour la Terre. L’environnement est d’une importance capitale : nous avons intérêt à en prendre soin intelligemment. Autrement dit, il faut dire non aux protocoles de Kyoto. Dire non aux biocarburants destructeurs de forêts et source de famines. Ce qu’il faut, c’est mettre l’accent sur la recherche et le développement afin de s’attaquer au réchauffement planétaire. Mais cela suppose avant tout d’investir intelligemment en vue de résoudre les problèmes les plus pressants, et surtout de s’attaquer à la pauvreté par des moyens qui ne soient pas seulement gratifiants pour les donateurs.
Certes, l’énergie solaire est parfois le meilleur moyen de fournir de l’électricité à des populations très éloignées. Mais pour la plupart des 1,6 milliard d’individus qui vivent sans électricité, on devrait opter pour une solution éprouvée, simple et bon marché : les raccorder à des générateurs ou à des centrales, qui, comme les nôtres, fonctionnent principalement à base d’énergies fossiles. Pour ces gens-là, dès que le soleil a disparu derrière l’horizon, tout s’éteint. Pourquoi devraient-ils utiliser des technologies plus chères, moins fiables et bien moins puissantes que celles dont nous disposons ?
Une économie vraiment verte et durable ne saurait voir le jour sans une vraie croissance et un vrai développement, propres à arracher davantage de gens à la pauvreté et à leur permettre, le moment venu, de prendre par eux-mêmes des décisions responsables en matière de développement.
En juin, à Rio, on va beaucoup parler d’agriculture bio, de voitures électriques et d’énergie solaire. Les participants feront assaut de bonne volonté. Mais les solutions évoquées seront de fausses solutions et les problèmes abordés ne seront pas les plus importants. Pour que l’avenir ressemble à ce que nous voulons, nous devons revenir à l’essentiel. Nous devons miser sur ce qui marche.
 

lundi 18 juin 2012

L'assouplissement de la politique migratoire des Etats-Unis

Aujourd'hui, dans le journal Courrier international, est paru un article de Michelle Goldberg, originellement écrit pour The Daily Beast. Cet article commente la politique migratoire menée par l'équipe de Barack Obama. Dans un premier temps, elle fut très sévère, stricte et fermée. Depuis peu, elle devient plus souple et, par conséquent, plus favorable aux Latino-américains. 
Pour en savoir plus, lire l'article ci-dessous :

IMMIGRATION

Obama drague les latinos

Après avoir procédé à un nombre record d'expulsions depuis son entrée en fonction, le président américain a fait volte-face et pris un décret pour faciliter la régularisation des jeunes sans papiers. De quoi raviver sa popularité auprès des électeurs latinos.
18.06.2012 | Michelle Goldberg | The Daily Beast
dessin de Signe Wilkinson, Etats-Unis.
Dessin de Signe Wilkinson, Etats-Unis.

Ces derniers temps, de nombreux électeurs et militants latinos ne cachaient plus leur colère contre la politique du président Obama en matière d'immigration. Luis Gutiérrez, l'un des premiers élus d'origine latino-américaine à avoir soutenu la candidture de Barack Obama en 2008, a été arrêté deux fois devant la Maison-Blanche alors qu'il demandait la mise en œuvre du Dream Act, un projet de loi qui permettrait d'accorder la nationalité américaine aux jeunes militaires ou diplômés de l'enseignement supérieur arrivés illégalement sur le territoire des Etats-Unis pendant leur enfance.
Lors de la conférence Netroots Nation qui rassemble des militants de gauche et s'est tenue du 7 au 10 juin dernier, Gaby Pacheco, qui milite pour le Dream Act, a déclaré que les électeurs latinos devaient arrêter de croire que le président les soutenaient réellement. Des groupes d'immigrés en situation irrégulière, qui se sont autoproclamés les Dreamers [les rêveurs], ont organisés des sit-in devant les bureaux de campagne de Barack Obama.
400 000 expulsions par an sous l'administration Obama
Rien d'étonnant à cela : depuis son entrée en fonction, le président américain a en effet autorisé un nombre record d'expulsions, presque 400 000 par an. "Nous étions vraiment furieux, nous avions l'impression de nous heurter à un mur," explique Frank Sharry, qui dirige America's Voice, un groupe qui lutte pour des réformes favorables à l'immigration. Et beaucoup commençaient à évoquer la possibilité que les latinos ne votent pas pour Barack Obama le 6 novembre prochain.
Nous venons toutefois d'assister à un revirement de situation. Peu de temps après avoir annoncé publiquement qu'il soutenait le mariage homosexuel, ce qui a galvanisé les électeurs de la communauté gay, le président américain a pris, le 15 juin, un décret qui permet de protéger les jeunes immigrés clandestins qui remplissent les conditions pour rester aux Etats-Unis en vertu du Dream Act. Cette décision a enchanté les militants pro-immigration. Luis Gutiérrez a aussitôt écrit sur Twitter qu'il était "ravi et fier qu'[Obama] ait pris des mesures". De son côté, Frank Sharry a déclaré que cette mesure était "la plus radicale depuis 25 ans" et qu'elle "permettrait de régulariser plus de personnes qu'à n'importe quel moment depuis 1986", date à laquelle le président Ronald Reagan avait promulgué une loi d'amnistie pour les immigrés.
Dans le cadre du décret de Barack Obama, les jeunes remplissant les conditions pour bénéficier de la protection du Dream Act peuvent recevoir un permis de travail et éviter toute expulsion pendant deux ans et ces garanties sont renouvelables. "Au moins 800 000 personnes seront concernées par cette mesure, cela ne fait aucun doute," affirme Frank Sharry. Pour les jeunes ambitieux qui sont piégés dans les limbes juridiques du pays dans lequel ils ont grandi, ce décret constitue un véritable tournant. Par ailleurs, ce texte pourrait faire la différence lors de l'élection présidentielle du 6 novembre prochain.
Ce sont les Hispaniques qui choisiront le prochain président
Les électeurs latinos pourraient avoir une influence non négligeable sur le résultat du scrutin dans les Etats clefs, susceptibles de faire basculer l'élection. Selon un rapport du Pew Hispanic Center, les électeurs latino-américains représentaient 41 % de l'électorat du Nouveau Mexique en 2008, ainsi que 15 % dans le Nevada et 13 % dans le Colorado. Dans l'Arizona, ils constituaient 16 % des électeurs. La plupart des sondages montrent qu'une majorité de latinos continue de soutenir le président sortant, mais ces derniers mois, des doutes commençaient à émerger sur le taux de participation électorale de la communauté latino.
Le Dream Act, qui est soutenu par près de 90 % des électeurs latinos, est très souvent abordé par la presse hispanophone, tout comme la politique d'Obama en matière d'expulsion. Selon Justin Gross, certains électeurs étaient désabusés : "leur choix se résumait soit à voter pour le républicain Mitt Romney, qui dit qu'il veut tous nous expulser, soit à voter pour Obama, qui expulse déjà tout le monde".
Qui plus est, la décision de Barack Obama met son rival républicain Mitt Romney en difficulté. Les ultra-conservateurs sont furieux et selon toute probabilité, ils feront promettre à Mitt Romney d'annuler le décret d'Obama s'il est élu. Les républicains plus modérés, toutefois, admettent qu'il est dangereux de se mettre à dos le segment de la population qui croît le plus rapidement. Quant aux conservateurs évangéliques, ils sont de plus en plus nombreux à soutenir une réforme des lois sur l'immigration pour des raisons morales.
La décision de Barack Obama est non seulement juste, mais elle est également très stratégique d'un point de vue politique. "Le président a enfin compris qu'au sujet de l'immigration, il peut prendre des mesures audacieuses et diviser le parti républicain, explique Frank Sharry. C'est un nouveau paradigme !"

mercredi 13 juin 2012

Newsletter de la semaine de l'IRIS

 La lettre d’information de l’IRIS
N°426 - 13 juin 2012
 
À LA UNE : CONFÉRENCE-DÉBAT
LA CRISE ÉCONOMIQUE ET LES SUDS : NOUVELLES PERCEPTIONS
LA CRISE ÉCONOMIQUE ET LES SUDS :
NOUVELLES PERCEPTIONS
Mardi 19 juin 2012 - 18h30 à à l’Espace Kiron
(10 rue la Vacquerie – 75011 Paris)
A l'occasion de la parution du numéro 86 de La Revue internationale et stratégique
Autour de Eric FRECON, rédacteur en chef adjoint du bimestriel Diplomatie et Renaud BELLAIS, Senior Manager, Economic Studies, EADS Political Affairs France, chercheur associé, ENSTA Bretagne.
 
 
ACTUALITÉS EUROPÉENNES
EURO 2012 : le match Pologne-Ukraine-Russie
Philippe de Suremain, Ambassadeur de France en Ukraine de 2002 à 2005 répond aux questions de Pierre Verluise, directeur de recherche à l’IRIS / juin

OBSERVATOIRE DE LA TURQUIE ET DE SON ENVIRONNEMENT GÉOPOLITIQUE
La question kurde aujourd’hui et les évolutions politiques intérieures en Turquie
Compte rendu de conférence / 7 juin

ico REGARD SUR LE MONDE
video Aung San Suu Kyi en Europe, symbole d’ouverture ou trompe l’œil ?
Olivier Guillard, directeur de recherche à l’IRIS, invité de Elisabeth Quin / 28 minutes, Arte / 13 juin
ecrit Pourquoi l'Allemagne doit gagner l'Euro 2012 (de foot) pour sauver l'euro (la monnaie)
Tribune de Fabio Liberti, directeur de recherche à l’IRIS / Nouvel Obs.com / 11 juin
ecrit Crise de la dette : « Ne pas mendier un chapeau à la main… »
Interview de Fabio Liberti, directeur de recherche à l’IRIS, par Sylvain Cottin / Sud-Ouest / 10 juin
video Ukraine : à qui profite l'Euro?
Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, invité de Vanessa Burggraf / Le Débat, France 24 / 8 juin
son Le foot à l'ombre de la politique
Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, invité de Jean Leymarie / France Info / 7 juin
video Eurofoot, Eurofric
Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, invité de Yves Calvi / C dans l’air, France 5 / 7 juin

ecrit Quelle est l’origine des violences en Birmanie et quelles sont les solutions du régime face à celles-ci ?
Réponse d’Olivier Guillard, directeur de recherche à l’IRIS / 13 juin
ecrit Asie centrale – Afghanistan : petit essai de prospective…
Par René Cagnat, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste de l’Asie centrale / 11 juin
video Réguler la vente d’armes dans le monde
Interview de Aymeric Elluin, responsable de campagne "Armes et Impunité" pour Amnesty International France / 8 juin
ecrit Quelles sont les options de la communauté internationale pour faire pression sur les groupes armés au nord du Mali ?
Réponse de Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS / 7 juin
 
Blog de Pascal Boniface
article blog
Régis Debray, rêverie ou nostalgie de gauche ?
article blog
Pour le juste échange - Entretien avec Henri Weber


LE COIN DES LIVRES



SUIVEZ L’IRIS SUR LE WEB
facebook
twitter
youtube
 
INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES - contact@iris-france.org
Rédactrice en chef : Gwenaëlle SAUZET / Directeur de la publication : Pascal BONIFACE